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Appel à Contribution Colloque International Conseil Scientifique UCAC

Appel à contribution

THÈME : DE JOSEPH ALOYSIUS RATZINGER A BENOIT XVI L’HOMME ET SON HÉRITAGE

            Le 31 décembre 2022, le Pape Émérite Benoît XVI quittait discrètement ce monde comme il l’avait voulu, au Vatican à l’âge de 95 ans. Nous avons tous encore en mémoire son geste audacieux, presqu’inédit qui avait surpris le monde entier de par son ampleur après deux millénaires d’histoire de l’Église. En effet, le 11 février 2013, il renonçait au Siège pétrinien pour raison d’âge. Mais compte tenu de la stature pluridimensionnelle de ce 265ème Souverain pontife, son départ de ce monde vers le Père, devient une occasion pour scruter sa vie et son œuvre. À vrai dire, c’est un homme difficile à classer dans une seule catégorie. Il a plusieurs visages au point qu’il ne serait pas erroné de lui donner cet attribut de penseur pluridisciplinaire.

            Quelques points de repère biographiques pourront aider à ouvrir des pistes de réflexion pour un approfondissement. Joseph Ratzinger est né dans la nuit du 16 avril 1927. Il a connu une enfance studieuse malheureusement gâchée par la Deuxième Guerre mondiale. Malgré les drames et les atrocités de cette guerre, il va se forger un caractère solide qui va l’aider à faire face à toutes les difficultés qui jonchaient sa route vers le sacerdoce ministériel, sa profession d’enseignant-chercheur en théologie ainsi que de pasteur d’âmes. Benoît XVI est le premier pape allemand, faut-il le rappeler.

    Consultant au Concile Vatican II (1962-1965) le jeune théologien Joseph Ratzinger travailla aux côtés des théologiens chevronnés à l’instar de Josef Richard Frings, Yves Congar, Henri de Lubac, Karl Rahner et Hans Küng. Il travailla à la transformation du Saint Office en Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Sous le pontificat de Jean Paul II, il est nommé responsable de ce Dicastère, office qu’il occupe pendant 24 ans (1981-2005). Il fut très critique à l’endroit de la réforme liturgique de Vatican II, qu’il qualifiait de « maladroit » et de « désenchantement ». En effet, d’après lui, « les changements voulus par le Concile à l’intérieur de l’unité qui caractérise le développement historique du rite lui-même » doivent s’opérer « sans introduire de ruptures artificielles ». Il ne s’agit donc pas d’une révolution qui vient tout déconstruire, tout bouleverser et fabriquer une nouvelle liturgie. Il est plutôt question de la restauration et du progrès de la liturgie. Dans ses Mémoires il n’hésitera pas à affirmer que « la crise de l’Église Catholique est due en partie de la désintégration liturgique ». Certains vont dire de lui qu’il « est entré dans le concile comme progressiste, mais est sorti comme un néoconservateur ». Il vit alors une relation de tension avec ceux qui voulaient que Vatican II soit une « rupture » avec la pratique précédente de l’Église. Fidélité vraie ou nostalgie anachronique ? Continuité ou rupture ?

    Gouvernement de l’Église : La vision de Benoît XVI pour l’Église est évidente dans les thèmes qu’il aborde : la culture, Église et État, l’histoire, l’eschatologie, l’ecclésiologie, la synodalité, la liturgie, la primauté pétrinienne, les Écritures, l’œcuménisme, le sécularisme, la pastorale, l’évangélisation, le rôle des femmes, foi et raison, etc. Mais il faut aussi souligner que le pontificat de Benoît XVI est jalonné de nombreuses crises : Théologie de la Libération Marxiste en Amérique Latine, le schisme fondamentaliste de Mgr Marcel Lefebvre et l’affaire du Britannique Richard Willamson en janvier 2009, la multiplication des dénonciations des cas d’abus sexuels commis par certains membres du clergé notamment en Amérique du Nord et en Europe, la controverse de Ratisbonne (12 septembre 2006). La controverse engendrée par « L’affaire du préservatif » lors de son voyage aller en Afrique en 2009. En 2012 éclate l’affaire Vatileaks à propos des dysfonctionnements de la Curie romaine.

    Un homme d’une discipline de foi sans faille : Un infatigable apôtre de la paix, un grand défenseur des droits de l’homme. Certains vont se souvenir de lui comme le pape de la renonciation (annoncée le 11 février 2013) de l’ère moderne. Ce geste a provoqué un immense émoi. Cette renonciation est-elle un geste de grandeur de l’homme ou un geste d’échec ? Un geste librement consenti ou un cas de force majeure ? Avec lui le vocabulaire de l’Église Catholique s’est enrichi du nouveau concept de « pape émérite ». L’on parlera aussi de la « papauté d’insolite cohabitation » sans précédent. Suite à sa démission de la papauté, il vit une « vie cachée ». Cette vie était-elle un silence de complicité ou de dissidence discrète ?

    Un intellectuel authentique : Le pape Benoît XVI est l’auteur de 86 livres et de 471 articles. Les esprits les plus brillants voulaient débattre avec lui, comme le fit son compatriote, le philosophe Jürgen Habermas. Pour certains théologiens il est un théologien néoconservateur. Cependant, sa pensée philosophique et théologique continue à influencer le monde et l’Église aujourd’hui. Benoît XVI laisse derrière lui une œuvre intellectuelle immense qui a nourri des générations de chrétiens et qui a permis des échanges fructueux avec des personnes en dehors de l’Église. L’on peut faire la synthèse de ses écrits comme suit : la vérité et les idées, la question de la modernité, le défi de la raison, le regard sur la vie, ses relations avec l’Afrique (Africae Munus), dialogue avec les non-chrétiens (Juif et Musulman), etc.

     Joseph Ratzinger était une figure polarisante presque depuis le début de sa carrière, et il est devenu de plus en plus un lieu de polarisation à mesure qu’il gagnait en importance et en puissance. Ceux qui ont aimé Benoît XVI dans la vie le vénéreront encore plus dans la mort. Ceux qui se sont opposés à sa vision théologique ou à son bilan dans la gouvernance de l’Église — ou les deux — verront sa vie comme un récit édifiant.

  Le Conseil Scientifique de l’Université Catholique d’Afrique Centrale organise donc un colloque pour célébrer cette icône de la théologie pluridisciplinaire, des sciences sociales, juridiques et politiques, du dialogue entre foi et raison.

  1. Axe théologique

Benoît XVI est l’homme d’une grande culture et sa prédilection pour le traitement de questions concernant l’Église catholique, le contenu de ses dogmes et son positionnement actuel au milieu d’autres Églises est indéniable. La théologie de Benoît XVI est un dialogue, tant avec Dieu qu’avec les questions contemporaines. Ce dialogue s’exprime notamment dans la liturgie qu’il a modernisée et assouplie. Comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger a entretenu aussi des relations tendues avec la théologie de la libération. Cependant, son appréciation de cette théologie a évolué. En 1986, son texte, Sur la liberté chrétienne et la libération, perçoit la Théologie de la Libération d’une manière plus positive, en y introduisant la dimension spirituelle d’une théologie de la liberté. Thématiquement, l’on qualifiera Benoît XVI d’un pape de l’espérance, de la réconciliation et de la justice. La quantité des écrits de Joseph Ratzinger/Benoît XVI sur la Christologie, l’Ecclésiologie et la Révélation témoignent qu’il est un pape pour notre temps et pour tous les temps.

  1. Axe philosophique

            La devise épiscopale et papale de Benoît XVI est « Cooperatores Veritatis » (Coopérateurs de la vérité). La vie de Joseph Ratzinger/Benoit XVI fut tout entière habitée par la vérité. Cette concentration sur la question de la vérité vient du fait que le monde vit une crise de la vérité. Le nihilisme nietzschéen disait que la vérité est la valeur de ce que l’on peut supporter. Il y a donc des vérités insupportables, des vérités qu’on refuse, parce qu’on ne peut les tolérer. La vérité est donc comprise à l’intérieur de l’opinion, et non pas l’inverse. La philosophie ratzingerienne sera une lutte acharnée contre le nihilisme et sa dévalorisation de la vérité. Selon Benoît XVI, la vérité et la foi sont indissociables. Alors la crise de la foi que l’on expérimente aujourd’hui est, au fond, une crise de la vérité. Un autre axe majeur de la philosophie de Benoît XVI c’est le rapport entre foi et raison. Dans son Discours de Ratisbonne du12 septembre 2006, il soutient une foi engagée pour la raison et une raison soutenue par la foi. Il condamnait ainsi la tendance à « exclure la question de Dieu » de la raison. Qu’est-ce que Ratisbonne est devenu aujourd’hui ? La crise de la vérité a-t-elle était résolue par Ratzinger ?

  1. Axe juridique

Deus caritas est, la première encyclique de Benoît XVI, insistait déjà sur le rapport entre justice et charité, sur les tâches différentes qui incombent à l’Église et à la politique, sur la place et le rôle des laïcs chrétiens dans les organisations de la société civile. Bien que n’étant pas juriste, la charge de Joseph Ratzinger comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi le plaçait dans la position de celui qui veillerait aux normes ecclésiastiques en matière de foi et de mœurs et même de juge en ces matières. Élevé à la charge de successeur de saint Pierre, il devenait ainsi automatiquement législateur de l’Église universelle. Sa contribution normative tant comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi que comme pape a marqué l’Église dans sa discipline morale, sacramentelle, liturgique, etc. on n’oubliera pas que les premières modifications du Code de droit canonique de 1983 ont été faites par Benoît dans le souci de la fidélité à la théologie de Vatican II.

  1. Axe social

            Benoît XVI ne donnera pas l’image immédiate d’un pape « social ». Cependant, par son encyclique Caritas in veritate, il marque d’une empreinte théologique la pensée sociale de l’Église. Il s’y révèle un analyste pertinent des fonctionnements sociétaux. Mais son originalité apparaît davantage encore dans son souci constant de souligner la dimension socio anthropologique et théologique des problèmes auxquels l’humanité est confrontée en ces temps de crise au sein d’une mondialisation galopante.

  1. Axe varia

             Joseph Ratzinger/Benoît XVI a d’autres écrits, tels que la musique, qui n’entre pas dans les axes classiques susmentionnés. Ce panel a pour objectif de faire un inventaire du riche répertoire du Souverain Pontife.

CONSEIL SCIENTIFIQUE DU COLLOQUE

  • Pr. Jean Bertrand SALLA
  • Pr. Epiphane KINHOUN
  • Pr. Jean Paul MESSINA
  • Pr. Thomas Bienvenu TCHOUNGUI
  • Pr. Jean Paul René ONDOUA OMGBA
  • Pr. Marie Thérèse MENGUE
  • Pr. Kizito FORBI
  • Pr. Jean Didier BOUKONGOU
  • Pr. Jean Marie SIGNE
  • Pr. Antoine ESSOMBA FOUDA
  • Pr. Emmanuel LEMANA
  • Pr. Jean Paul BETENGNE
  • Pr. Claude ABE
  • Pr. Alexandre Benjamin NKOUM
  • Pr. Armand LEKA ESSOMBA
  • Pr. Estelle KOUOKAM
  • Pr. Chantal BELOMO
  • Pr. Ivan DJOSSA
  • Pr. François NDZANA
  • Pr. Angèle MAKIANG
  • Pr. Steve Gaston BOBONGAUD
  • Dr. Charles MOUKALA
  • Dr. Pulchérie AMOUGUI

COMITE D’ORGANISATION DU COLLOQUE

  • Pr. Marie Thérèse MENGUE
  • Pr. Kizito FORBI
  • Pr. Jean Paul René ONDOUA OMGBA
  • Pr. Fadimatou MOUNSADE
  • Dr. Charles MOUKALA
  • Dr. Thomas AHOUSSI
  • Pr. Antoine ESSOMBA FOUDA
  • Pr. Estelle KOUOKAM
  • Pr. Chantal BELOMO
  • Pr. Ivan DJOSSA
  • Pr. Angèle MAKIANG
  • Dr. Pulchérie AMOUGUI
  • Dr. ESSAMA OWONO

CHRONOGRAMME DU COLLOQUE

30 décembre 2023 :                                Publication de l’appel à contribution ;

02 janvier au 20 février 2024 :       Envoi des résumés ;

25 Février 2024 :                                       Délibération et notification des auteurs retenus ;

25 Mars 2024 :                                           Remise des textes de la conférence ;

23 au 25 avril 2024 :                               La tenue du colloque ;

30 mai 2024 :                                             Dernier délai pour la soumission des textes finaux.

NB : Le guide de soumission sera communiqué à ceux dont les propositions seront retenues.

Contact officiel : (mail colloquebenoitxvi@ucac-icy.net / colloquebenoitxvi@gmail.com )  Tel : 680 6151 71 – 671 915 504 – 699 822 401- 696 141 501.

UCAC-ICY